Publié dans Lectures, Parentalité, Pensées, Ressentis, Sens

Accepter le vide

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 » N’être qu’un intermédiaire entre la terre inculte et le champ labouré, entre les données du problème et la solution, entre la page blanche et le poème, entre le malheureux qui a faim et le malheureux rassasié. En toutes choses, seul ce qui nous vient du dehors, gratuitement, par surprise, comme un don du sort, sans que nous l’ayons cherché, est joie pure. Parallèlement, le bien réel ne peut venir que du dehors, jamais de notre effort. Nous ne pouvons en aucun cas fabriquer quelque chose qui soit meilleur que nous. Ainsi, l’effort tendu véritablement vers le bien ne doit pas aboutir ; c’est après une tension longue et stérile  qui se termine en désespoir, quand on n’attend plus rien, que du dehors, merveilleuse surprise, vient le don. Cet effort a été destructeur d’une partie de la fausse plénitude qui est en nous. Le vide divin, plus plein que la plénitude, est venu s’installer en nous. »

Simone Weil. La pesanteur et la grâce.

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Des murs d’incompréhension s’érigent à nouveau entre mon fils et moi. Un glissement qui s’opère depuis quelques mois et que je refusais de voir, noyée dans l’affectif. Comme à l’époque où j’essayais d’égayer sa morosité en vain jusqu’à découvrir qu’il n’aspirait qu’à une chose : claquer la porte pour aller vivre chez son père alcoolique. J’ai connu ainsi deux, trois épisodes très douloureux où laissée sur le carreau, je restais à terre. L’abandon filial (qui semble être son apanage) m’a terrassée à plusieurs reprises. Il est arrivé qu’au fond du gouffre, malgré tout mon amour, je ne trouve plus d’écho ni de solutions, encore moins de réponses. Je me souviens que ce qui m’arriva à ces moments là n’était pas lié à « ma force et courage » mais à mon acceptation du vide. Dans la douleur extrême, je lâchais prise et tombais dans le vide. Et c’est justement dans ce vide que je trouvais le calme après la tempête, la pureté de mon être intérieur, comme empreinte de l’innocence du Rien.

Simone Weil, dont je suis en train de lire  » La pesanteur et la grâce » explique que notre volonté du bien ou du mal (distinction subjective en fonction de nos pensées : vouloir se venger par exemple est un mal considéré comme un bien « nécessaire » par celui qui souffre assez pour vouloir le perpétrer) n’est pas la Réalité, mais le fruit de notre imagination qui interprète, fomente, crée. L’énergie divine dont nous avons besoin dans ces moments là ne nous soutient guère, non par abandon, mais parce que notre Imagination pourvoit, Comble. Il n’y a plus rien à Créer et ce que nous érigeons à l’aune de la souffrance Est. Puisque nous remplissons, pourquoi « Dieu » interviendrait ? Par contre, si dans la douleur la plus intense, nous nous abandonnons à la vacuité, alors l’énergie divine entre et nous inonde de cette pureté régénératrice. Je l’ai déjà ressentie. Je me relevais de ces instants plus ancrée dans la Réalité. Je prenais alors des décisions plus concrètes, non affectées par quelconque sentiment. Quand mon fils était parti chez son père, je ne l’avais pas « banni » par mortification. Mais j’étais devenue plus droite, ferme et cela avait profité à notre relation. J’avais fait des choix purement personnels comme celui de faire cette formation Caferuis sur deux ans. Entre temps, mon fils m’avait implorée de revenir à la maison. J’avais accepté mais lui avais bien dit qu’il était hors de question que j’abandonne ma formation (qui me faisait m’absenter régulièrement et travailler le soir sur un mémoire). C’est dans le vide sans ruminations affectives que la vérité était survenue.

Je retombe actuellement dans mes anciens travers. Je l’ai guidé depuis son bac et ai remué ciel et terre pour cela. Mais il « re »-commence à faire des mauvais choix qui risquent d’hypothéquer tout ce chemin dernier. Pour les justifier, il me fuit. alors, je tente tout « comme une désespérée » : la compréhension, la discussion, l’acceptation de l’absence constante, puis la fermeté et ai essayé d’éviter l’épanchement disproportionné souvent déraisonné malheureusement. Cette dernière attitude annonce généralement les prémices de la chute dans le vide que l’on retient.

Je ne l’ai pas revu depuis mon retour de Londres. Je suis profondément blessée. J’avais prévu des congés d’aujourd’hui à lundi. J’espère calmer ma mortification. Pour cela, je vais accepter le Vide. Lâcher prise. Et m’atteler aux petits instants du temps présent qui recèlent tant de grâce, de beautés et de joies.

Toujours selon Simone Weil (son livre n’est pas chose aisée à lire et comprendre mais il offre des pépites lumineuses), la joie provoquée par le gain et nos réussites n’est pas réelle. La vraie joie est celle qui découle des instants de grâce alors qu’on s’abandonne à la Vie. Lorsque je fais le bilan de cette dernière semaine, il est vrai que je n’ai pas ressenti de vraie joie en faisant la fête au resto, ni en prenant l’avion, ni en trouvant des Doc Marteens pas chères pour mon fils. La Vraie JOIE, je l’ai profondément ressentie quand ce petit écureuil m’est apparu alors qu’on traversait Hyde Park. Pour ne citer que cet exemple. La vraie Joie est le cadeau divin dispensé par cette beauté infinie environnante. Ce que nous produisons est factice. (même la physique quantique admet que la conscience crée la réalité tout en nous éloignant de ce qui EST..)

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Je vais donc accepter le vide à nouveau. Retrouver ma fermeté. Recouvrer la liberté affective sans peur du vide. Mon fils aura pour vocation de partir bientôt. Rien ne sert d’imaginer le type de relation que nous aurons à ce moment là. Ce qui sera sera. Quant à ses mauvais choix, il assumera.

Je vais accepter le vide. Et Vivre au quotidien, sans fioritures ni scories vaines.

Et en arrêtant de ruminer, je me suis aperçue que mon petit chien avait les gencives saignantes. Je vais profiter de mon congé pour aller chez le véto cet après-midi.

S’atteler à la vie tout en acceptant le vide.

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12 commentaires sur « Accepter le vide »

  1. Bon jour,
    En fait, c’est un vide qui n’est pas. Le vide est avant tout un espace à remplir en devenir et d’un trop plein va créer par effet un autre espace, etc et qu’il faut accepter.
    Le vide est avant tout création 🙂
    Max-Louis

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  2. Le vide est inhérent à toute vie humaine. Il ne faut pas toujours le combler ou alors nous n’arrivons pas à vivre avec lui. Il est parfois douloureux. C’est pourquoi il est bon de l’accepter puis ensuite de voir les jolies choses à côté…

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  3. Chacun sa vie chacun son chemin on ne peut pas se substituer à l’autre et à ses décisions son prisme ses ressentis etc. même avec les meilleurs sentiments ou intentions.. C’est dur de l’accepter voir de le concevoir en tant que parents…mais c’est la seule issue pour laisser l’autre être pleinement dans la liberté qui lui appartient, pour SA vie, parce que c’est sa vie! Alors on peut conseiller, aiguiller soutenir accompagner…mais pas insister, forcer, supplier, etc..et encore moins décider à la place, ou crier trop fort nos certitudes et dire à l’autre qu’il se trompe, qu’il fait les mauvais choix etc..c’est une violence en fait, à l’autre et à soi-même..car ce que l’on pense nous avec notre histoire ce que l’on est et notre prisme de vision, être des mauvais choix, sont peut-être, surement, les bons pour cette personne..parce que même les « mauvais » choix en sont des bons au final car ils nous conduisent toujours à ce que l’on est ou va être.. on en a fait l’expérience non..? .Pour ma part, je me suis toujours sentie relativement détachée par rapport à cela, et j’ai laissé très tôt mes enfants faire leurs choix, même si selon mon point de vue, ou celui généralement pensé, cela pouvait être des erreurs et leur porter -un relatif- préjudice pour l’avenir. on m’a souvent traitée d’inconsciente ou de négligente, laxiste etc. et j’ai parfois douté de moi, mais avec le recul je sais que c’était une attitude instinctive. 🙂

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    1. Merci pour ton témoignage 🙂 Tu as parfaitement raison. Je pense que si parfois, j’ai encore des attitudes de peur et de volonté de contrôle, ce n’est pas tant lié à ma conception de la vie qui est tout autre mais au fait que sa maladie m’a rendue protectrice. Mais je me soigne, car son bonheur est ce qui compte le plus, et comme tu le dis, il le trouvera que dans SES choix 🙂 ps : par contre, mes peurs ne sont pas régies par le regard extérieur, personne de mon entourage ne connait véritablement son cheminement actuel, ses mésaventures, je ne raconte plus rien depuis longtemps, juste les grandes lignes. En tout cas, merci, çà me fait plaisir de te voir commenter ici 🙂 Bisous

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  4. Après Lulu, je réfléchissais à cette notion de « choix ». Je ne crois pas avoir voulu choisir à sa place en aucune façon : je ne sais rien de ses amies et potes; je respecte sa vie et son intimité. Quant à sa formation, j’ai été à l’écoute de ses aspirations et affinités. Cependant, je crois qu’en tant que mère, mon rôle est de le guider d’un point de vue éducatif. Mon rôle est de faire en sort que justement il puisse choisir. Or choisir dans notre société actuelle ne se résume pas à dire « je veux ». Choisir, c’est comprendre comment on pourra choisir. J’ai donc souhaité qu’il ait un minimum d’éducation pour choisir plus tard et être apte à se défendre intellectuellement. J’ai fait en sorte qu’il soit sensibilisé au respect de soi, d’autrui, qu’il soit conscient qu’une bonne santé est la clé d’une vie réussie. Et le dernier point est qu’il soit responsable de son argent. En çà, mon rôle est de continuer à le conseiller. Pour le reste, il a toujours choisi. Nos divergences récentes étaient bien plus profondes qu’un simple choix d’orientation ou de potes. Il a été acculé par la justice à cause de son tag à des difficultés dont il voulait passer outre, de dépit et de colère. Sa maladie et son atypisme le stigmatisent et il souffre parfois face aux cons habituels dans la société. Depuis tout petit, je lui apprends à être plus fort, à dépasser cela. Alors, parfois, quand il est mené à mal, il a envie de tout envoyer paitre. Et parfois, c’est dur car dehors, c’est dur. Là où je dois faire attention est de ne pas lui laisser transparaitre mes propres angoisses, cela a été mon combat depuis sa naissance. Mais je ne pense pas interférer sur ses choix en continuant à poser des bases encore fragiles. Voilà, au final, j’ai pris le risque d’être la mère chiante afin justement qu’il puisse choisir. Cette force a été la clé de voûte de notre binôme atypique. Dernièrement, mes fragilités ont resurgi, l’écriture me fait du bien vois-tu. Mais j’espère pouvoir guider et conseiller mon fils tant qu’il en aura besoin. Et décider comme il a failli le faire récemment de ne pas répondre à une convocation de police au risque d’être poursuivi pénalement demandait de mon sens un avis ferme et éclairé de ma part. Mais une chose est sûre : je ne veux que son bonheur et sa liberté me ravit. D’où mes combats. Car la société aurait tôt fait de l’entraver. Il apprendra certes. Mais je trouve qu’il a été assez éprouvé et banni comme çà depuis sa naissance. Nous avons réussi le tour de force de dépasser un handicap prégnant et visible. C’est pas le moment de se faire abattre par cette société à la con justement 🙂

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  5. ho mais tu sais je sais tout ça et je te trouve admirable en bien des points pour ce dévouement ces combats et cette patience face à l’adversité! Mon propos était généraliste, le partage d’une expérience… en aucun cas une leçon ou une prétention 🙂 Je voulais surtout souligner que quoi qu’on fasse les décisions ultimes leur appartiennent.et que parfois malgré toute notre volonté des les aiguiller au mieux de les conseiller au plus juste etc. ils ne vont pas dans la direction qui nous semble la meilleure et en tout cas pas toujours celle qui nous sécurise le plus! Je pense aussi que parfois certains enfants ont besoin de se prendre quelques murs ou de vivre quelques déboires pour vraiment comprendre (je ne dis pas que c’est le cas de ton fils) Je comprends ta volonté et ton soucis de le protéger du fait de son atypisme et de votre parcours, mais il semble qu’il soit temps de lâcher du lest pour éviter comme tu le dis d’en arriver à une rupture… Sans doute que s’il avait refuser d’aller à cette convocation il aurait eu des ennuis, mais peut-être qu’il aurait su s’en tirer et en tirer parti.. 🙂 jusqu’à quel limite tu dois intervenir..quel est l’aune de mesure..tu vois..? en tant que mère on trouvera toujours des situations ou des décisions de leur part qui nous sembleront dangereuse inadéquates préjudiciables..mais n’est ce pas leur chemin à eux..? difficile de savoir à quel moment on doit laisser les choses se faire je te l’accorde..mais….. Comme toi il fera face à des douleurs (encore) des douleurs différentes, celles de ta vie sans toi. des douleurs des erreurs des détours.. les siens, indépendamment de votre vie et de votre parcours et tu le sais..tu parles souvent de lâcher prise, de confiance en la vie..mais le combat ce n’est pas cela, les défis non plus..enfin c’est ce que je ressens 🙂 l’acceptation par contre… 🙂 Je crois que tu as donné le meilleur à ton fils et que maintenant c’est à lui de jouer!

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    1. sans doute… tu as raison… Mais bon, s’il n’allait pas à cette convocation, il encourait 15 000 euros d’amende et un an de prison, çà pesait lourd quand même dans la balance 🙂 Après mon kidnapping à 19 ans, je n’ai eu aucun adulte pour s’asseoir avec moi et m’expliquer mes droits et les combats que je pouvais mener, ils avaient trop honte. Il ne fallait pas que çà arrive, il ne fallait pas en parler. Cela m’était arrivé parce que j’étais dehors à 1h du mat donc responsable. Alors, dans la méconnaissance, je ne me suis pas battue pour les préjudices causés par cet homme. Peut être que cela m’aurait fait du bien car au final, une fois de plus, je « ne valais rien ». On ne m’a jamais rien expliqué, il fallait juste que je rentre dans le moule, ce que je refusais. C’est pourquoi aujourd’hui, en tant qu’adulte, « j’explique » et discute. Après, c’est son choix. Au final, il n’y est peut être pas allé à cette convoc’. Mais j’ai été au bout de mon explication sociétale.
      Pour mon fils, c’est certain, je vais être forcée de lâcher prise, c’est ce à quoi je m’attelle durement. çà a été le combat d’une vie pour moi. Ce n’est pas la solitude qui m’effraie. Mais du plus profond de moi, j’exècre la souffrance de ceux que j’aime. Ou peut être j’exècre la souffrance qui fut la mienne de ma naissance à ces dernières années.. Il y a des souffrances qui permettent d’avancer, certes, mais il y en a d’autres qui abîment, tout n’est pas bon à prendre dans l’expérience de la vie. Mais bon, pour mon fils, la distance fera que je lâcherai prise, c’est certain. Mais encore une fois, là ne sera pas le plus dur. Quel est l’adulte qui ne « subit » pas les conseils de leur Môman ? 🙂 Non, là où je dois rester vigilante est dans le sentiment de culpabilité ou de peur que je peux laisser transparaitre. C’est là dessus que je dois travailler 🙂 Je sais que tu n’as pas jugé et que tu as juste témoigné de tes chemins, et je t’en remercie. Je crois que l’on agit tous en fonction de nos propres vécus et ressentis. Bonne nuit 🙂

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    2. Au sujet de cette convoc’, crois-moi : idéologiquement, çà fait très mal au cul ! D’où nos tensions dernières ! Oui, très très mal ! Mais depuis un an et demi que nous sommes confrontés à la justice, ce que nous y avons vu est atterrant : SEUL LE FRIC COMPTE. Alors, on s’est battu et on a minimisé les conséquences. Pour cette empreinte génétique, nous avons fait des recherches : à part Xavier Mathieu, aucun n’a jamais eu gain de cause. Si mon fils y avait été acculé en militant, je l’aurais défendu, mais il y a été acculé pour dégradation sur propriété privée. Aucune chance ! Crois moi la justice ne me fait pas peur, je la trouve gerbante. Mais voilà : est-ce que cela valait le coup d’un autre procès long et coûteux, et vain ? Alors, notre désobéissance, nous la vivons en ne cautionnant pas ce qui nous rend esclaves du système, nous n’engraissons pas ces dominateurs. Mais le frontal, c’est la fracture assurée.

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