Publié dans Parentalité, Ressentis

Je ne le connaissais pas

26731365_1616671401756876_1505164564760019038_n Voilà un mois que mon fils est parti en fuyant, sans rien emporter. A 20 ans, on ne peut pas parler de fugue. Il était accompagné ce jour là. Depuis, il a répondu laconiquement à certains de mes messages textuels, mais pas à tous. Il n’a jamais fait la démarche de son propre chef, pas une seule fois.

Il s’avère qu’il poste sur les réseaux sociaux sous des pseudos délirants des photos et textes juste…hallucinants ! Je ne reconnais plus mon fils.. Peut être que je ne le connaissais pas. Sûrement.

Cela m’effraie. Je n’ai pas envie de lire çà en somme. Mais c’est le seul moyen que j’avais trouvé pour perpétrer un lien.

Je suis atterrée, effrayée. C’est comme si l’enfant que j’avais soutenu pendant 20 ans n’était qu’une imposture, même si ce mot est fort et ne correspond pas à la vérité dans l’absolu, c’est ce que je ressens dans le désarroi de l’immédiateté.

Depuis ma venue sur terre, j’ai subi les dissonances, déviances, abandons, rejets de bon nombre de personnes. Je me rends compte avoir été déviante uniquement quand j’ai voulu me fondre, correspondre, partager, exister au regard d’autrui. C’est peut être ce qu’il fait aussi. Sans doute.

Mais vous savez quoi ? J’en ai marre. Pas de colère ni de tristesse. Alors voilà : je n’attends plus rien de la relation intime et surtout…je ne veux pas subir de dommages collatéraux ni de ruminations.

Ce temps imparti qu’il me reste sur terre, je veux le vivre tout simplement !

Je vais lâcher prise parce que je ne saisis plus rien ni ne comprends plus sa manière de penser. Je me demande jusqu’à quel point je n’ai rien compris, et je crois que c’est là le plus effrayant.

Je vais me protéger. Passer à autre chose.

Bien sûr, avec un vide immense, une incompréhension totale de tout.

Je vais prendre la vie au jour le jour, comme un voyage à terminer.

Mais désormais, plus rien n’a de sens. Le monde est dur, cruel et irraisonné. Notre seule survie est la sphère intime. Or, pour mon cas, elle était réduite à peau de chagrin et vient d’éclater  en mille morceaux avec la fuite de mon fils vers un autre Soi.

 

 

 

Publicités
Publié dans Amour, Méditation, Parentalité, Partages, Pensées, Ressentis

Quiétude

11215522_1173596229320865_4968147630167194975_n La semaine passée fut difficile, je ne vais pas le nier. Malgré mes efforts de vie saine et de force mentale à recouvrer, j’accusais fatigue et mauvaise humeur que je tentais tant bien que mal de garder pour moi.

Mais j’ai tenu bon, mes ressentis, mes doutes, mes questionnements, mes ruminations, je les ai explorés puis raisonnés avec le coeur.

Méditer est ce qui fonctionne le mieux dans ces cas là. Pour ma part, marcher avec mon chien est un bon exutoire, mieux que la pose du lotus sur un tapis.

Lorsque je marche, il m’arrive de parler fort (je regarde au préalable si je suis seule mais à vrai dire, à l’heure des oreillettes, cela ne choque plus personne : comme quoi, la « folie » est bien relative ! )

Même si le silence est lourd, j’essaie de garder mes distances. Seul le temps apaisera. Mon fils a ses raisons, ses visions. Ce n’est pas en m’imposant, m’immisçant qu’il y verra plus clair. Qu’il aille au bout de ses idées et envies.

Je l’ai encensé à tort. Je ne vais pas non plus le vilipender à tort aussi ! Il a son entité, sa raison d’être et de faire, et parfois, la distance est salutaire pour qu’il puisse devenir sans mon regard interrogateur qui devait parfois être gênant pour lui.

Ce n’est pas à moi de décider s’il extrapole, se berce d’illusions, manque d’authenticité : il a 20 ans et non 48. Il se cherche, il expérimente. Il Sera, sans doute différent de moi.

Il a 20 ans. Aujourd’hui. J’appréhendais ce jour, mais au final, je le vis bien ce matin. Cela me permet de constater mes avancées personnelles. Avant, j’aurais sauté sur l’occasion pour me victimiser à grands coups de mots grandiloquents et larmoyants. Très loin de la réalité en somme. Car malgré le vide et le ré-équilibrage, je souhaite le meilleur à mon fils et espère que le temps nous permettra de (re)vivre une relation harmonieuse. Car au final, peu me suffira : des mots gentils de temps à autre par exemple.

Je pense que tout ceci est un mal pour un bien. Et hier, le film « Wonder » que j’ai visionné et qui est magnifique, m’a confortée sur l’idée que je m’étais habituée à le (sur)protéger et à l’idéaliser. J’étais persuadée qu’il lui fallait un bagage d’études avant de s’envoler. En choisissant une vie « hippie », il veut sans doute se prouver à lui-même qu’il peut reconstruire à partir de rien. Et qu’au bout de ce rien reconstruit, il choisira peut être de reprendre des études, quand il sera prêt et motivé. Je l’ai bien fait à 44 ans ! 🙂 Toutes ces pensées me ramènent à une seule vérité : je serai mal placée pour juger les choix et erreurs de chacun.

Et puis, je vais être honnête envers moi-même : je suis soulagée de ne plus me sentir en inadéquation avec ce qu’il devenait, j’étais acculée à refaire tout ce chemin et cela m’oppressait : pour moi, le temps de la rébellion et des amours passionnés est révolu et c’est tant mieux.

Ma vie se berce désormais dans la quiétude que je recherche ardemment : mon logis respire de douceurs et langueurs et mes promenades régulières aux abords d’une nature authentique me ravissent jusqu’aux larmes.

Pour le reste, je sais que mon insatisfaction réside dans un travail devenu mortifère car non valorisant plutôt que par le choix de mon fils. Il m’appartient donc de le changer, pour moi cette fois afin de me rapprocher de mes « idéaux » professionnels. Enfin, disons que j’aspire à un travail moins sur le terrain, l’âge aidant.

Tout à l’heure, je vais lui envoyer un SMS pour son anniversaire. Je vais sans doute lui dire ceci tout simplement : « Parce que la Vie est précieuse et est Cadeau, prends soin de toi pour tes 20 ans, te souhaitant de trouver le bonheur qui te revient. Maman qui t’aime’.

259041.jpg-c_300_300_x-f_jpg-q_x-xxyxx

Ce que j’appelle amour est entier dans cette phrase d’un rabbin rescapé d’un camp de la mort : “La souffrance a tout calciné, tout consumé en moi, sauf l’amour.

Si cette phrase nous atteint de plein fouet, c’est que nous sentons bien combien nous sommes loin des représentations, du décorum de l’âme.

L’amour est ce qui reste quand il ne reste plus rien.

Nous avons tous cette mémoire au fond de nous quand, au-delà de nos échecs, de nos séparations, des mots auxquels nous survivons, monte du fond de la nuit comme un chant à peine audible, l’assurance qu’au-delà des désastres de nos biographies, qu’au-delà même de la joie, de la peine, de la naissance et de la mort, il existe un espace que rien ne menace, que rien jamais n’a menacé et qui n’encourt aucun risque de destruction, un espace intact, celui de l’amour qui a fondé notre être.

Où cours tu ? Ne sais-tu pas que le ciel est en toi ?
Christiane Singer

Publié dans Amour, Lectures, Méditation, Ressentis

Blue January

24993443_1760324980646353_5819315582535260979_n  Samedi : Depuis mon retour de Londres, le spleen m’envahissait. Le mauvais temps n’aide pas, c’est certain. Je n’arrive pas à décrocher mon attention d’événements que je considère négatifs et qu’ils ne le sont sans doute pas d’ailleurs. Ils doivent être au contraire révélateurs de lâcher prise et d’attention à acquérir vers la vacuité et tous ses possibles.

Incertitude de la pérennité de mon travail, impatience de mon fils qui aimerait tout plaquer pour voguer tel un vagabond…. La morosité et la lassitude m’assaillent et m’enveloppent. Paradoxalement, les visages éteints des humains autour de moi m’agacent au plus haut point. Je me surprends à être en colère contre tous ceux qui « ne savent pas juste être heureux ». Je sais, je suis un peu culottée et n’ai pas peur du ridicule. Mais bon, c’est entre moi et moi, alors, tout est permis 🙂

Les sentiments négatifs tels la colère, le ressentiment agissent comme un effet de pesanteur insupportable. Heureusement, désormais, je cerne assez vite ma part de responsabilité dans ces plongeons encore réguliers. Et c’est à travers la volonté de lâcher prise que j’accueille ce qui Est. Dans la pleine conscience, l’Amour rejaillit. Ma vie prend tout son sens dans le soin d’amour apporté à mes animaux d’abord. Fière de ne pas les négliger et d’être là pour eux. Car une Vie, c’est pas rien, une vie.

J’ai aidé et partagé aujourd’hui. J’ai vécu des moments de félicité comme celui de me réveiller d’une sieste bien méritée après une semaine chargée, dans la langueur apaisante et souriante de la quiétude de ma chambre. Je me sens privilégiée de pouvoir Vivre sans encombres, satisfaite et en bonne santé.

En bonne santé… Jeudi dernier à la médiathèque, le livre de Christiane Singer « Derniers fragments d’un long voyage » est venu se blottir dans mes bras. Lire les mots enthousiastes de cette femme alors qu’elle se savait mourante et qu’elle en souffrait atrocement est une leçon de vie magistrale. Jamais encore je n’avais lu un témoignage aussi poignant d’une vie qui s’en va..vers du « neuf » comme elle disait.

Ses derniers mots  édités furent « Du fond du coeur, merci ».

Je pensais au départ de mon père sur son lit d’hôpital et de mes silences qui l’entouraient. Mes 17 ans n’étaient pas une excuse. J’aurais pu faire l’effort de l’écouter, lui poser des questions, entendre cette souffrance que je ne percevais pas (comme s’il s’en était allé sans avoir été rongé par la maladie, alors que ce ne fut pas le cas..). Je manquais cruellement d’avancée vers l’autre. Et dire que je le reproche à mon fils aujourd’hui… Cet après-midi, avant ma sieste réparatrice, j’ai demandé Pardon à mon père. De ce rendez-vous manqué. Cela m’a fait un bien immense. Demander Pardon est une vraie libération !

Dimanche : Grasse matinée jusqu’à 10h. Lâcher prise sur ce « que j’ai à faire ». Je considère trop le week end comme une période qui doit rattraper mes indisponibilités de la semaine. Je dois apprendre à ré-organiser ma vie pour me sentir encore plus libre et légère. Par exemple, pour le ménage, penser à faire un petit peu chaque jour pour alléger mon dimanche.

J’avais décrété que mon week end serait pourri car depuis jeudi soir, une (énième) copine de mon fils est à la maison. Nous étions parties sur de très mauvaises bases car vendredi midi, à mon retour du travail, j’avais trouvé la porte d’entrée grande ouverte alors que j’ai deux chats susceptibles de fuir. Impossible de trouver ma Gaia qui s’était planquée. J’étais furieuse ! Le vendredi soir, la copine a investi ma cuisine comme si je n’existais pas, tant et si bien que je suis sortie jusqu’à minuit ! Et puis hier, j’ai décidé de lâcher prise. Elle a son caractère, sa façon d’être. Elle est de passage ici. Mon fils seul décidera du futur de cette relation. Je peux recevoir quelques jours quelqu’un à la maison sans en faire une jaunisse 🙂 Je ne la connais pas, ses souffrances, sa solitude sont sans doute prégnantes et déterminent sa manière d’Etre.

Hier soir, j’ai revu l’expérience de cette artiste, Marina Abramovic qui a regardé dans le « blanc de l’âme » des milliers d’inconnus assis en face d’elle un par un. L’expérience tendait à prouver qu’en se regardant au delà des apparences, en prenant le temps de Juste Regarder, alors, l’âme se détend et s’ouvre, se libère. Beaucoup pleuraient. Moi aussi, derrière mon ordi.

Ces quelques jours de réflexions analytiques m’ont aidée à dépasser mon Blue January. Je me sens rassérénée. Je remercie du fond du coeur Christiane Singer qui, à travers sa capacité à vivre le présent avec enthousiasme, malgré la souffrance et l’échéance inéluctable dont elle avait pleinement conscience, m’a permis de recouvrer la Raison d’Etre. Certes, tout n’est pas parfait dans ma vie. Les points gênants ne m’appartiennent pas spécialement (le destin de mon fils lui revient désormais et il faut vraiment que je lâche prise : c’est sans doute mon défi le plus important pour cette année à venir) ou alors ne sont pas encore prêts à être résolus (mon avenir professionnel). Au lieu de ruminer, il suffit de me dire que « Tout est possible », en cela est l’excitation d’un lendemain inconnu.

« Toute souffrance morale est notre incapacité d’expérimenter les choses comme elles sont, comme elles viennent à nous. »

 » Il est vrai que j’ai reçu un sacré don à la naissance : celui de tout magnifier. Il ne m’a jamais tout à fait quittée et je le retrouve dans cette allégresse profonde, qui malgré tout, m’habite. »

« Quand je laisse paisiblement se dérouler ma vie, le plus surprenant est que rien, mais vraiment rien ne m’y apparaît vain ou regrettable. Quelle force cela donne ! Il est vrai que j’ai passé nombre d’heures ces derniers temps « à m’asseoir » dans les zones d’ombre de ma vie, dans les relations d’amitié ou d’amour dont le fruit était resté sec, et j’ai attendu sans esquives que ces « bleus » se résorbent dans les tissus de l’âme comme se résorbe la trace des coups reçus dans la chair. Je tente de ne surtout rien esquiver. Je m’accompagne partout où l’âme me mène. »

« J’ai toujours partagé tout ce que je vivais ; toute mon oeuvre, toute mon écriture, était un partage de mon expérience de vie. Faire de la vie un haut lieu d’expérimentation.

« Allons-nous partager un moment de vie intense ? La seule chose qui m’intéresse : allons-nous partager du présent ? Du pur, du beau, du vif présent ? Voilà, voilà ! La vie comme art ! La rencontre-oeuvre d’art ! Voilà.

Christiane_Singer_derniers_fragments

 

Publié dans Lectures, Pensées, Ressentis, Société

Un gourdin d’une main, la chevelure d’une autre

11265418_918147411578095_8605591587900601131_n Dans son « Petit traité sur l’immensité du monde », Sylvain Tesson qui a maintes fois parcouru le monde à pied en partageant son quotidien avec des autochtones aux 4 coins du globe, dit y avoir perdu son « humanisme ». Ce dont il a été témoin et qu’il considère comme un « gynécide » l’a atterré : La femme est opprimée, rabaissée, humiliée, oubliée dans la quasi totalité des sociétés culturelles : Il a vu des femmes se pendre après avoir mis au monde des filles (Chine et Inde), manger à même le sol ce qui restait après que les hommes se soient restaurés, travailler aux champs pendant que leurs maris restaient à l’ombre des oliviers, etc, etc…

Depuis que le monde est monde, depuis que l’homme, le gourdin à la main, la chevelure de l’autre, s’est proclamé Dieu (pas pour rien qu’il ait personnifié le divin à travers des prophètes masculins), le mal s’est abattu ici-bas, pour les femmes en particulier.

Ce sujet revient inlassablement car la condition de la femme est toujours en souffrance. L’excision, le mariage forcé, l’esclavage sexuel, le sexisme, la discrimination…. Que d’horreurs perpétrées…

Pour ma part, depuis ma naissance, je ne me suis jamais construite sur un genre en particulier. Je me considère comme un « Etre vivant de race humaine et de sexe féminin ». Parce qu’il faut bien décrire mes caractéristiques physiques.

C’est peut être çà le vrai « humanisme », se définir Humain avant tout. Androgyne d’apparence, il fut longtemps difficile de déterminer en me regardant si j’étais une fille ou un garçon. Pour la petite anecdote, après une opération d’appendicite à 7 ans, quand je demandais à l’infirmière d’aller faire pipi, elle m’apporta la « glissière zizi » 🙂

Question vestimentaire, j’ai toujours été pratique : quand j’avais chaud, une robe, froid, un pantalon.

DSC_0355 DSC_0351

C’est la société qui me renvoya à ma sexualité incessamment. Personnellement, ce n’est pas ce qui me caractérise. Après avoir exploré, expérimenté, j’ai choisi l’abstinence depuis de nombreuses années sans efforts ni palliatifs.

Cela ne m’a pas empêché de subir le sexisme de longue. Désolant, dégradant, consternant…pour ceux qui s’y adonnent par bêtise. Personnellement, je suis au-dessus de tout çà.

Juste humain(e). Chaque jour, je marche, mange, pète et souris. Je prends soin de moi par respect et envie de faire durer ce corps le plus longtemps possible.

Donc, quand on me demande mon téléphone pour « un rencard » alors que je fais causette fortuitement, sans que le charme n’ait opéré dans l’échange, la découverte et le partage de l’autre, quand mes « soupirants » sont grabataires, mariés, dépressifs, ma condition de « femme » m’est renvoyée en pleine gueule. Car ici, on frôle plus le syndrome Guss « sur un malentendu… » que la beauté de l’amour naissant ! J’ai beaucoup d’empathie pour les personnes que je croise et les aide au mieux, par un simple sourire déjà. Mais quand on voit en moi celle qui « pourra soulager en faisant à manger, le ménage et en massant les pieds », je vois rouge et trouve cela insupportable. Je n’y trouve aucune excuse. On ne me possède pas comme un objet, même en simple pensée. J’offre bien plus que çà : Je Suis pour tous ceux qui croisent ma route. Mais ils sont tous atteints de cécité du coeur malheureusement…

J’aime infiniment ma liberté et suis immensément reconnaissante de pouvoir décider sans aval masculin. Je pense à toutes ces femmes qui, par millions (milliard ?) ne sont pas libres de leurs faits et gestes. Cela m’indigne profondément !

Alors oui, les combats valent la peine. Cependant, je ne suis pas une Femen, juste une féministe, c’est la cause de l’ancestrale opprimée que je défends.

Je suis antispéciste aussi. Cela va de soi. Antiraciste aussi. C’est le clivage qui crée les conditions d’esclavage.

Pour autant, j’ai beaucoup mal à participer à tout ce débat concernant le harcèlement sexuel ou l’agression. Je suis….LASSE….. La vie passe et nos chaînes nous trépassent…

En ressortiront beaucoup de haine, de colère, de délation, de vies brisées. De là où nous sommes aujourd’hui, il n’y a plus qu’à espérer que toutes ces souffrances dénoncées feront évoluer favorablement la condition féminine. Et pourtant, voilà des décennies que cela semblait être le cas, à croire que l’homme restera avec son gourdin et sa poigne jusqu’au crépuscule de l’humanité…

Je suis juste triste de toute cette souffrance et de ce monde d’hallucinés.

Ce qui nous caractérise TOUS, c’est le fait d’être Vivant. Voilà le seul postulat à prendre en compte : Une vie se respecte, à commencer par la sienne.

petit-traité-sur-limmensité-du-monde

 » L’homme se distingue des autres animaux en ceci : il est le seul qui maltraite sa femelle, méfait dont ni les loups ni les lâches coyotes ne se rendent coupables, ni même le chien dégénéré par la domestication. »

Les Vagabonds du rail. Jack London.

Publié dans Lectures, Parentalité, Pensées, Ressentis, Sens

Accepter le vide

24909975_2120543827959429_8770536355478807055_n

 » N’être qu’un intermédiaire entre la terre inculte et le champ labouré, entre les données du problème et la solution, entre la page blanche et le poème, entre le malheureux qui a faim et le malheureux rassasié. En toutes choses, seul ce qui nous vient du dehors, gratuitement, par surprise, comme un don du sort, sans que nous l’ayons cherché, est joie pure. Parallèlement, le bien réel ne peut venir que du dehors, jamais de notre effort. Nous ne pouvons en aucun cas fabriquer quelque chose qui soit meilleur que nous. Ainsi, l’effort tendu véritablement vers le bien ne doit pas aboutir ; c’est après une tension longue et stérile  qui se termine en désespoir, quand on n’attend plus rien, que du dehors, merveilleuse surprise, vient le don. Cet effort a été destructeur d’une partie de la fausse plénitude qui est en nous. Le vide divin, plus plein que la plénitude, est venu s’installer en nous. »

Simone Weil. La pesanteur et la grâce.

La_pesanteur_et_la_grace

Des murs d’incompréhension s’érigent à nouveau entre mon fils et moi. Un glissement qui s’opère depuis quelques mois et que je refusais de voir, noyée dans l’affectif. Comme à l’époque où j’essayais d’égayer sa morosité en vain jusqu’à découvrir qu’il n’aspirait qu’à une chose : claquer la porte pour aller vivre chez son père alcoolique. J’ai connu ainsi deux, trois épisodes très douloureux où laissée sur le carreau, je restais à terre. L’abandon filial (qui semble être son apanage) m’a terrassée à plusieurs reprises. Il est arrivé qu’au fond du gouffre, malgré tout mon amour, je ne trouve plus d’écho ni de solutions, encore moins de réponses. Je me souviens que ce qui m’arriva à ces moments là n’était pas lié à « ma force et courage » mais à mon acceptation du vide. Dans la douleur extrême, je lâchais prise et tombais dans le vide. Et c’est justement dans ce vide que je trouvais le calme après la tempête, la pureté de mon être intérieur, comme empreinte de l’innocence du Rien.

Simone Weil, dont je suis en train de lire  » La pesanteur et la grâce » explique que notre volonté du bien ou du mal (distinction subjective en fonction de nos pensées : vouloir se venger par exemple est un mal considéré comme un bien « nécessaire » par celui qui souffre assez pour vouloir le perpétrer) n’est pas la Réalité, mais le fruit de notre imagination qui interprète, fomente, crée. L’énergie divine dont nous avons besoin dans ces moments là ne nous soutient guère, non par abandon, mais parce que notre Imagination pourvoit, Comble. Il n’y a plus rien à Créer et ce que nous érigeons à l’aune de la souffrance Est. Puisque nous remplissons, pourquoi « Dieu » interviendrait ? Par contre, si dans la douleur la plus intense, nous nous abandonnons à la vacuité, alors l’énergie divine entre et nous inonde de cette pureté régénératrice. Je l’ai déjà ressentie. Je me relevais de ces instants plus ancrée dans la Réalité. Je prenais alors des décisions plus concrètes, non affectées par quelconque sentiment. Quand mon fils était parti chez son père, je ne l’avais pas « banni » par mortification. Mais j’étais devenue plus droite, ferme et cela avait profité à notre relation. J’avais fait des choix purement personnels comme celui de faire cette formation Caferuis sur deux ans. Entre temps, mon fils m’avait implorée de revenir à la maison. J’avais accepté mais lui avais bien dit qu’il était hors de question que j’abandonne ma formation (qui me faisait m’absenter régulièrement et travailler le soir sur un mémoire). C’est dans le vide sans ruminations affectives que la vérité était survenue.

Je retombe actuellement dans mes anciens travers. Je l’ai guidé depuis son bac et ai remué ciel et terre pour cela. Mais il « re »-commence à faire des mauvais choix qui risquent d’hypothéquer tout ce chemin dernier. Pour les justifier, il me fuit. alors, je tente tout « comme une désespérée » : la compréhension, la discussion, l’acceptation de l’absence constante, puis la fermeté et ai essayé d’éviter l’épanchement disproportionné souvent déraisonné malheureusement. Cette dernière attitude annonce généralement les prémices de la chute dans le vide que l’on retient.

Je ne l’ai pas revu depuis mon retour de Londres. Je suis profondément blessée. J’avais prévu des congés d’aujourd’hui à lundi. J’espère calmer ma mortification. Pour cela, je vais accepter le Vide. Lâcher prise. Et m’atteler aux petits instants du temps présent qui recèlent tant de grâce, de beautés et de joies.

Toujours selon Simone Weil (son livre n’est pas chose aisée à lire et comprendre mais il offre des pépites lumineuses), la joie provoquée par le gain et nos réussites n’est pas réelle. La vraie joie est celle qui découle des instants de grâce alors qu’on s’abandonne à la Vie. Lorsque je fais le bilan de cette dernière semaine, il est vrai que je n’ai pas ressenti de vraie joie en faisant la fête au resto, ni en prenant l’avion, ni en trouvant des Doc Marteens pas chères pour mon fils. La Vraie JOIE, je l’ai profondément ressentie quand ce petit écureuil m’est apparu alors qu’on traversait Hyde Park. Pour ne citer que cet exemple. La vraie Joie est le cadeau divin dispensé par cette beauté infinie environnante. Ce que nous produisons est factice. (même la physique quantique admet que la conscience crée la réalité tout en nous éloignant de ce qui EST..)

26170995_1904183676577435_3921339677245213384_o

Je vais donc accepter le vide à nouveau. Retrouver ma fermeté. Recouvrer la liberté affective sans peur du vide. Mon fils aura pour vocation de partir bientôt. Rien ne sert d’imaginer le type de relation que nous aurons à ce moment là. Ce qui sera sera. Quant à ses mauvais choix, il assumera.

Je vais accepter le vide. Et Vivre au quotidien, sans fioritures ni scories vaines.

Et en arrêtant de ruminer, je me suis aperçue que mon petit chien avait les gencives saignantes. Je vais profiter de mon congé pour aller chez le véto cet après-midi.

S’atteler à la vie tout en acceptant le vide.

Publié dans Partages, Pensées, Ressentis, Voyage

Parce qu’une Vie, c’est pas rien

 

26063526_1903263483336121_1286660655072162323_o
Après Londres, 31 déc au matin : Quel bonheur de retrouver quiétude, douceur, tranquillité, paix, câlins et amour ♥ #homesweethome

Deux phrases ont bouleversé le cours de mon existence : celle de l’éminent Gandhi « Sois le changement que tu veux voir en ce monde » et une autre entendue il y a quelques années dans le film « No et moi« , somme toute assez anodine. Pourtant, cette dernière m’a considérablement marquée et est entrée en résonance au plus profond de moi : il s’agit de la phrase prononcée par la jeune Lou de 13 ans qui veut convaincre ses parents d’accepter d’héberger une SDF de 18 ans : « Parce qu’une Vie, c’est pas rien une Vie ».

Jusqu’alors, je m’épuisais à vouloir aider au plus large, à travers mon travail notamment (à l’époque, je recevais 200 jeunes en insertion chaque année dans un centre de formation). Je réussissais parfois, je reconnais avec le recul avoir modifié favorablement le parcours et les ressentis de certains. Mais je ne m’attelais pas à ces « réussites », je voulais toujours aider plus, ce qui me laissait le goût amer de l’échec en permanence, et donc de mon inutilité.

Désormais, je n’essaie plus « d’aider » à tout bout de champ mais je garde le cap de ce que je suis, malgré les moqueries, les rejets, les incompréhensions, l’isolement de facto. Quand lors d’un voyage comme celui de Londres que je viens d’effectuer, je suis obligée de cohabiter et vivre avec 19 jeunes aux antipodes complets de ce que je suis, la perturbation est grande et le chaos intérieur a fait rage jusqu’à mon retour hier. Mais la force que j’ai acquise m’a permise de ne plus l’extérioriser, ainsi, je suis la seule maître à bord et assume la tempête sans la cracher sur les rives de l’humanité. J’ai donc très mal vécu mon séjour car j’étais constamment en contact avec des personnes lobotomisées (et pas que les jeunes, la majorité des londoniens hyper connectés et individualistes n’affichait pas une meilleure attitude), conditionnées par les KFC, MC Do, vampirisées par le snapchat constant (comment font-ils pour supporter à moins de déclencher de sacrées névroses ?), complètement imbues du « style attitude », sans regard véritable sur l’autre, l’environnement (dans ses petits riens parce qu’ils ont Snappé les monuments) et hystériques face à la consommation de masse. Pendant 5 jours, cet environnement m’a complètement chamboulée, me projetant dans un monde devenu inconnu, violent, agressif pour moi. Je ne parle pas de la ville en soi car seule, j’y aurais trouvé mes havres de paix mais « du style de vie ». Je présume que tout ce « bruit » compense le vide de leur existence, leur incapacité à ressentir la pure vacuité qui est pourtant la source de notre équilibre, la porte de la fraicheur et de l’innocence qui nous permet l’émerveillement. Je crois que d’eux tous, j’étais celle qui avait gardé le plus l’âme d’une enfant malgré les apparences (et leurs regards moqueurs et dédaigneux sous-jacents). Oui, ce fut un véritable chaos mais j’ai tenu bon. Maintenant, se pose la question : « Suis-je prête à réitérer cette expérience? » la réponse aujourd’hui est « NON« . Donc, l’alternative d’un sens professionnel autre à trouver encore est toujours d’actualité.

La phrase de Lou a changé ma vision altruiste car aujourd’hui, je ressens profondément la préciosité de la Vie en chacun et je ne peux que la respecter et avoir envie de la protéger, d’où sans doute mon cheminement vers le veganisme. Et puis, désormais, ce que je donne comme amour au sein de mon foyer est source de bonheur constante : car lorsque je caresse mon chien, le dorlote, je ressens profondément l’importance d’aimer cette vie. A quoi bon aller chercher ailleurs quand je peux honorer cette Vie là ?

Retrouver mon foyer fut un bonheur indescriptible. Avoir eu un continent qui nous séparait était insupportable.

Je vais donc débuter l’année telle que je suis : dans la quiétude de mon quotidien, dans l’amour autour de moi, dans la paix et la tranquillité. Ainsi, chaque jour me ressemble et m’apporte Force et Vérités face aux vicissitudes et au chaos ambiant.


26114170_1902999830029153_563422053046166147_n

Ce que j’ai pensé de Londres ? Voici ce que j’ai commenté sous cette photo émise sur les réseaux sociaux :

 J‘ai apprécié le patrimoine culturel à l’image de l’empire britannique qui bien que critiquable dans sa démesure reste historiquement incontournable. Mais j’ai trouvé les londoniens hyper connectés, tristes, sans sourire, impatients, agressifs verbalement. La grisaille m’a pesée et puis, même si les jeunes se sont régalés à faire du shopping sur Oxford Street, j’avoue ne plus fonctionner ainsi et avoir un regard critique sur ce monde qui uniformise, bêtifie et lobotomise à grands coups de domination mondialiste. Mais bien sûr, j’ai gardé mes impressions pour moi et les jeunes se sont régalés je pense. J’étais heureuse de retrouver l’azur de la côte méditerranéenne et la quiétude des gens qui se baladaient sur la promenade des anglais alors que nous nous rendions à la gare niçoise.

—————————

Voilà…une page tournée, une année qui recommence..

Ce que je garderais de cette expérience de « séjour avec des jeunes de cité » est de me positionner encore plus dans mes vérités et de ne pas m’imposer d’aussi durs challenges qui auraient pu me mettre sérieusement à mal si je n’avais pas gardé sang froid et calme.

Je me suis épatée à défaut d’avoir été en colère contre tout ce que je voyais et subissais. C’est là l’essentiel.

Publié dans Ressentis, Sens

L’esprit de Noel

DSC_0139 Cette semaine, j’ai aidé une maman en détresse chez elle. J’ai voulu la protéger d’une agression et ai pris des coups aussi. J’ai appelé les pompiers et ai mis en sûreté les enfants. J’ai aidé un jeune collègue qui s’était fait hacker son compte bancaire et était dépassé par l’événement ! Je l’ai accompagné au poste de police et à la maison des services pour qu’il puisse avoir les conseils d’un avocat gratuitement. Nous avons célébré deux fois Noel au centre de loisirs. J’ai participé à une ferme pédagogique au sein de notre crèche. Je suis allée au resto avec l’équipe et ma copine Adeline. Demain, je pars à Londres avec 15 jeunes. « Finger in the nose ».

Aucune nouvelle de ma famille ces deux derniers jours. J’ai essayé de téléphoner en vain, pas de réponse. Finalement, ils ont décroché. Ma mère m’a rappelée sans entrain car elle faisait sa quiche.

« Comment çà, même pas une petite déco de Noel chez toi ???!! Tu es rendue bien bas ma pauv’ fille… «